Madame Tournesol ...suite

Publié le par Marmotte

Madame Tournesol ...suite

Comme avec tous mes autres trésors de fleurs, les semaines et les mois s’écoulent, je ponctue leurs journées et les miennes de mes passages plus ou moins fréquents.

Mme Tournesol, au fil des mois, est devenue une "incontournable" de mes plannings. Dans un premier temps, tous les midis à raison de 4 fois par semaine ; Puis le bureau ajoutera le week-end à ma tournée, au rythme des 6 passages sur les deux jours.

Ce qui n’est pas pour déplaire à mon pote Kiwi ! A moi non plus du reste. Je connais bien Mme Tournesol à présent ; La maison et ses habitudes me sont familières. Pareil pour Madame et elle me fait vite comprendre qu’elle est bien contente que je vienne en plus, 1 week-end par mois.

Bilan, nous sommes donc trois satisfaits, à y trouver notre compte. Du coup, certains mois, s'il y a un jour férié qui va avec mon week-end travaillé, nous passons près de 30h ensemble ! Alors forcément, on s’habitue, on se connait, on se lie, on se fait des confidences et on s’attache…

Puisque nous nous voyons souvent, nous pouvons nous organiser et planifier. Par exemple le jeudi, j’ai un peu plus de temps sur ma pause déjeuner. Ce jour deviendra alors celui du shampoing de Madame ! Si je pars un peu en retard ce n’est pas grave.

Et puis Madame adore les frites. Malgré sa fine silhouette, elle est gourmande ! Je lui proposerais donc le jeudi, puisque nous avons le temps, de lui faire des frites au four, pendant que je lui fais son shampoing.

La particularité chez Madame Tournesol qui, je le rappelle est en fauteuil, c’est que la salle de bain est à l’étage. Nous devons donc nous organiser pour procéder dans la cuisine. Ce qui me permet de garder un œil sur les frites.

La deuxième particularité, c’est que la température de l’eau du robinet de l'évier ne reste pas fixe ! Même en réglant la bonne température elle finit par devenir plus chaude ou plus froide. Nous devons donc trouver une astuce : Une grande bassine dans laquelle je mettrais l’eau à bonne température, puis une plus petite afin de prélever l’eau de la grande pour mouiller et rincer ses cheveux.

Nous commençons par "l’installation" : Madame cale son fauteuil le plus près possible de l’évier, puis bloque les freins. Je l’aide à enlever son tee-shirt ou son pull afin de ne pas mouiller le col. De mon côté, j’ai préparé deux serviettes de toilette ; Une pour essuyer ses cheveux à la fin du shampooing et une pour lui couvrir les épaules, le temps de lui faire un petit brushing afin qu’elle n’ait pas froid.

Elle prend ensuite appui sur le bord de l’évier, agrippe ses mains et se hisse pour se relever sur ses jambes si frêles et fragiles. Elle va tenir ainsi, la tête au dessus de l’évier, mais je me dépêche car je sais qu’elle ne peut pas rester dans cette position trop longtemps.

Je suis à sa droite. Elle fait toujours attention, me demandant si j’ai assez de place. Je lui dis toujours que oui. Je suis un peu comme un barbe à papa, je m’adapte à l’espace qui m'est donné (Enfin dans la limite du raisonnable bien sûr !).

Puis je commence. Je mouille sa tête, applique le shampoing énergiquement, procède à un premier rinçage et fais un deuxième shampooing. Je termine enfin par un rinçage soigné, en multipliant les allers-retours, partant de la petite cuvette à la grande cuvette, puis à sa tête. Ça peut paraitre compliqué comme ça, mais je m’y suis faite très vite ; Juste un coup à prendre.

Je me dépêche ensuite de lui enrober les cheveux dans la serviette, afin qu'elle soit soulagée de cette position que je sais inconfortable pour elle. Je l’accompagne dans son mouvement pour l’assoir de nouveau dans son fauteuil, une main dans son dos afin de la guider un peu.

Je jette encore un œil sur les frites qui finissent de dorer dans le four en dégageant une douce odeur à laquelle mon estomac ne reste pas insensible à cette heure.

Je décide de m'attaquer au brushing. Au début, Madame me dit :

- Ne vous embêtez pas. Séchez-les tous en arrière !

Je la regarde et me dis que ça ne lui ira pas. Ses cheveux ont un mouvement naturel avec une petite mèche... Et puis, je me dis aussi que je n’aimerais vraiment pas, moi même, qu’on me mette tous les cheveux en arrière. Même si j’étais un peu vieillie et en fauteuil ! Je vais donc, chaque jeudi, jouer à la coiffeuse ; Prendre des mèches de ses cheveux blancs, une à une, et les sécher avec la brosse. J’ai à cœur qu’elle soit bien coiffée.

Le rituel se termine avec Madame qui se regarde dans la porte du four, en me disant "C’est parfait" et qui me remercie. Il est vrai que madame n’a pas de miroir... Ça semble être un détail mais en réalité, c’est important. Et ce qu’elle va me dire finit de me convaincre :

- La dernière fois, mes enfants m’ont emmené chez l’opticien pour choisir de nouvelle lunettes... Du coup, je me suis aperçue dans le miroir. Je me suis regardée et je ne me suis pas reconnue ! Je me suis trouvée vieille...

Il me parait donc logique et capital que les cheveux de Madame Tournesol soient le mieux coiffés possible... Dès fois qu’elle croiserait à nouveau son reflet dans la porte du four...

Pour la tournée du week-end, c’est un peu différent puisque je dois assurer les trois passages par jour. Je dois arriver le matin et lui faire la toilette au lit ; L’habiller, l’accompagner à la chaise percée, lui faire son petit déjeuner et la réfection du lit.

Lorsque j’ouvre la porte, il arrive parfois que Madame dorme encore ; Kiwi est blotti contre elle et c’est trop mignon de les voir ainsi, l’un contre l’autre.

Je commence par parler tout bas, presque en chuchotant, puis à ouvrir les volets de la cuisine afin qu’elle sorte de son sommeil en douceur, sans la brusquer et sans lui faire peur. J’attends qu’elle semble prête pour lui proposer d’allumer sa petite lampe de chevet.

Je sais que certaines collègues allument de suite la grande lumière. Moi je ne peux pas, pour la simple et bonne raison que, tout comme mettre les cheveux en arrière, cela ne me plairait pas ! Alors, je fais comme j’aimerais que l’on fasse pour moi, c’est tout.

Une toilette au lit, ce n’est jamais une tâche facile. Il faut s’organiser car le point d’eau n’est évidement pas à côté du lit. Je prends donc la fameuse bassine qui me sert pour le shampoing et je vais la pose sur le fauteuil roulant, stationné près du lit, qui me servira de table d'appoint.

Voilà l’avantage de bien connaitre Madame Tournesol et sa maison. Je gagne de précieuses minutes à ne pas chercher ce dont j’ai besoin et surtout, j'évite ainsi de trop la solliciter, dès le réveil, pour lui demander où se trouve le matériel.

Je commence toujours par lui passer le gant de toilette bien chaud sur le visage. Elle aime bien ça. Puis je procède au reste de la toilette avec précautions car un corps, malade de surcroit, qui se réveille est toujours plus raide.

A cette heure de la journée, je suis presque silencieuse. Je travaille en respectant sa phase de réveil. Je m’adresse simplement à elle, de temps à autre, pour m'assurer qu'elle n’ait pas froid ou qu'elle n'ait pas mal avec telle ou telle manipulation, et lui adresse un sourire.

Ce n’est pas simple car tout cela prend du temps et Madame est aussi un peu plus au ralenti que dans la journée. Je dispose d’une heure. Une heure seulement. Alors je dois être efficace ; Rapide sans trop la presser et tout cela en douceur... En évitant aussi de lui montrer mes yeux qui ne peuvent s’empêcher de guetter le tic tac infernal.

Je finis tout, à peu près dans les temps. Je la quitte après lui avoir préparé son petit déjeuner et après l’avoir installée à table, avant de remonter dans ma voiture pour me rendre chez Mr Gingembre.

Je reviendrai le midi puis le soir pour le repas ; Une petite toilette, enfiler sa chemise de nuit, fermer les volets et puis  la coucher. J’ouvre les draps, l’aide à s’installer. Je remonte et ajuste tous ses oreillers et coussins et je remonte ses couverture comme on le fait à un enfant. Je veille à ce qu’elle ait tout ce dont elle a besoin, à portée de main : Médicaments, bouteilles d’eau, téléphone, des petits gâteaux… Après lui avoir souhaité une bonne nuit, je la laisse seule et je ferme la porte à clé...

J’ai toujours le cœur serré quand je la laisse comme ça le soir. Je ne sais pas pourquoi.

Et puis je me rendrai à nouveau chez Mr gingembre. Enfin, vers 20h, je rentrerai chez moi, soulagée d’avoir fini une journée mais avec l’image de Madame Tournesol, couchée et seule...

Publié dans Mon jardin

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