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Hâte toi de bien vivre ...

Publié le par Marmotte

Hâte toi de bien vivre ...

Hâte toi de bien vivre et songe que chaque jour est à lui seul une vie ...

Ma citation favorite qui n'a jamais eu autant de sens 

Alors hâtons nous de bien vivre, de profiter de chaque instant, de chaque petit bonheur, de chaque sourire, hâtons nous de tendre une main bienveillante, cessons de voir le verre toujours à moitié vide, de nous plaindre, dépêchons nous de profiter d'une bonne santé quand on a la chance d'en avoir une, car cette chienne de vie courte, trop courte, se chargera plus vite que nous le pensons de nous rappeler le temps et les ans.

Il est urgent de bien vivre ! 

Publié dans Coeur de marmotte

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Madame Tilleul

Publié le par Marmotte

Madame Tilleul

La première fois que je rencontre madame Tilleul c’est un peu dans l’urgence. Elle vient de rentrer de l’hôpital le matin même et je dois intervenir pour lui préparer le repas du midi. Sur place, je retrouve une de mes responsables venue évaluer ses besoins et voir comment il est possible d’aménager au mieux son intérieur. Par exemple, la chambre est à l’étage et il semble bien dangereux pour madame Tilleul de monter et descendre des escaliers.

 

Je salue donc ma responsable en arrivant, puis aperçois madame que je m’empresse de saluer à son tour. C’est une petite femme un peu ronde, qui a l’air totalement perdue et n’a pas l’air de tout comprendre. Ma responsable m’explique brièvement la situation : Madame Tilleul sort donc de l’hôpital ; Elle était en psychiatrie. Elle est complètement désorientée et très angoissée.

 

Une fois seule avec madame, j’essaye de la rassurer en lui expliquant ce que je viens faire afin qu’elle ne s’inquiète pas. Je m’occupe de lui préparer le repas. Je dois donc me débrouiller seule pour trouver tout ce qu’il faut puisque, non seulement elle n’est pas en état de me répondre mais je comprends vite que lui poser une question pourrait encore plus la déstabiliser.

Elle a déjà l’air si perdue chez elle ! Elle ne parle presque pas et me regarde avec ses yeux remplis d’incompréhension.

 

Je fais cette intervention tant bien que mal, en faisant ce que je peux. Une heure plus tard, je la quitte, et repars vers un autre trésor…

 

C’est plusieurs mois plus tard que madame Tilleul va réapparaitre sur mon planning mais je me souviens très bien d’elle. Ce sera pour un weekend, avant que je n’ai madame Tournesol sur cette même tournée. Il me faudra faire les trois passages sur les deux jours. Le matin pour une douche, l'habillage et le petit déjeuner. Le midi pour le repas et le soir également le repas, la mise en chemise de nuit, le petite toilette et la protection.

 

J’arrive le samedi matin à 8h précises. J’ouvre la porte doucement et dis d’emblée :

 

- Bonjour madame Tilleul, je suis l’intervenante de l’aquarelle.

 

En effet, de son lit, elle ne peut pas me voir et comme nous avons les clés, je me suis toujours dis que ça peut faire bizarre d’entendre quelqu’un entrer chez soi alors que l’on est encore plus ou moins endormi. D’ailleurs, je l’entends un peu paniquée qui dit : 

 

- C’est qui ??? C’est qui ???

 

Je répète alors plus fort et je me dépêche d’arriver vers elle pour limiter son inquiétude. Arrivée à sa hauteur, je me présente de nouveau :

 

- Madame Tilleul, bonjour, je suis marmotte de l’Aquarelle. C’est moi qui vais venir tout le week-end pour m’occuper de vous. Tout va bien.

 

Elle semble à peine comprendre… je répète une nouvelle fois. Je lui explique que ce matin, je vais lui prendre la douche, l’habiller et lui faire son petit déjeuner.

 

Commence alors un long périple : La faire sortir du lit, l’emmener aux toilettes puis dans la douche. Depuis la première fois que je l’ai vue, je ne peux pas dire que je la trouve franchement mieux ! Toujours très angoissée et, bien entendu, elle ne se rappelle pas de moi. Je suis donc un visage inconnu qui l’inquiète un peu. Je dois encore me débrouiller seule car elle n’est toujours en mesure de m’aider. J’arrive néanmoins à me dépatouiller avec madame Tilleul, un peu ronde, et le carré de douche tout petit. Je la couvre avec une grande serviette de toilette et lui dis qu’à présent, la douche est finie. Elle va pouvoir sortir. Je lui tiens le bras pour l’accompagner, la rassurer et prévenir une éventuelle chute. C’est à ce moment que madame, bloquée devant la marche du carré de douche, la tête baissée, commence à bégayer et à paniquer :

 

- Mais… Mais... co-co comment on fait ? 

- Comment on fait quoi madame Tilleul ?

- Co-co comment on fait pou-pour sorrrrrtir de-de la douche ?

 

Il est à peine 8h15 et... Comment vous dire que je n’avais pas anticipé cette question !!! Comment ça "comment on sort de la douche ???". J’ai envie de dire "un pied après l’autre !"...

Bon, la surprise passée, je me concentre pour essayer de lui donner la meilleure réponse, et surtout la plus simple pour elle. Je lui explique donc en touchant l’arrière de son genoux droit que cette jambe doit d’abord passer… J’arrive à la faire sortir du carré de douche un peu exigu pour la sécher et l’emmener s’habiller. Je l’accompagne vers son lit en lui expliquant que l’on va s’habiller, puis lui demande de s’assoir sur le bord du lit. Et là, la deuxième question à mille dollars :

 

- Co-comment on fait pour s’assoir ???

 

A ce moment là, je réalise l’ampleur de la tâche qui m’attends tout le weekend. Je suis face à mon premier cas de démence, cette pauvre madame Tilleul plus perdue que jamais dans cet espace, dans ce corps, ne sachant plus sortir de la douche, ni même s’assoir sur le bord du lit…

A nouveau je vais la guider, touchant la partie du corps que je souhaite qu’elle bouge. Une heure c’est bien court pour ce genre d’intervention mais je dois faire avec, sans oublier de remplir le cahier de liaison.

 

Avant de la quitter, je l’installe dans son fauteuil devant la télévision. Elle me répète plusieurs fois que ce soir, elle regardera la 2 car elle veut voir un film en particulier. Chaque fois, je feins qu’elle me le dit pour la première fois... Puis je lui explique que je reviendrai vers midi pour lui préparer son repas. Elle me demande ce qu’elle mangera et si il reste assez de nourriture. Je fais un rapide tour d’horizon des placards et du frigidaire et je la rassure bien vite ; Elle ne manquera pas, il y a de quoi tenir un siège !!!

 

Je reviens donc le midi et je constate que madame Tilleul fait partie de ces gens que l’on retrouve là où on les a laissé, au même endroit et presque dans la même position. A nouveau, elle me demande ce qu’elle va manger et si il y a assez de nourriture. Je lui explique que, justement, je viens pour ça et que l’on va voir ça de suite ensemble. Je lui propose en version "Les suggestions du chef" et elle va choisir ce qui lui fait le plus envie. Madame a une bouteille d’eau près d’elle et une dans le frigidaire. Elle me demandera sans cesse, pendant que je lui prépare à manger, où est sa bouteille d’eau. Sans cesse, je lui dirai "Juste à côté de vous madame Tilleul et l’autre est au frigo".

 

Puis elle me demandera à nouveau si il y aura assez de nourriture pour le repas du soir. Enfin, elle m’interrogera plusieurs fois aussi, pour savoir si c’est moi qui viendrait la prochaine fois.

Inlassablement, je vais lui répéter qu’il y a assez de nourriture pour plusieurs jours, où se trouvent les bouteilles d’eau et "Oui, C’est moi qui vais venir tout le weekend" … Il est difficile de travailler avec ce genre de pathologie particulièrement épuisante, à répéter des millions de fois, mais je reste calme et aussi douce que possible pour la rassurer.

 

A nouveau, je la laisse dans son fauteuil, devant la télévision pour l’après midi, puisque c’est là qu’elle souhaite que je l’installe avant de partir, non sans me répéter que, ce soir elle regardera la 2 car elle veut voir ce film… A nouveau je la retrouverai au même endroit le soir… Et à nouveau, quasi dès mon arrivée, on repart dans le cercle des questions !

 

- Une bouteille d’eau près du fauteuil et une dans le frigo ; Oui assez de nourriture et oui, c’est moi qui viendrais demain, Dimanche aussi… Ah ! Oui bien sûr, ce soir le film sur la 2 !!! 

 

Pauvre madame Tilleul qui tourne en boucle, qui ne sait plus faire de gestes simples… Qui me demande après chaque action :

 

- Et maintenant ? je fais quoi ? Je vais me brosser les dents ? 

 

Je dois la diriger et lui dire chaque chose, expliquer chaque action, comment, pourquoi… J’ai une pensée pour mes collègues qui s’occupent d’elle toute la semaine. Il en faut des trésors de patience !... Je ferme les volets pour la nuit, après la petite toilette et après l’avoir mise en chemise de nuit, puis je couche madame Tilleul.

 

Évidement ce n’est pas simple. Ensuite, il me faudra régler la hauteur de son lit médicalisé : Pas trop haut pour voir la télévision, pas trop bas pour voir le réveil. Ce n’est pas simple... Elle commence à s’angoisser, je le sens. La nuit sans doute. Elle bredouille, bégaye, cherche et me dit :

 

- Non je sais pas, c’est pas comme d’habitude, plus haut je crois… Euhhh non plus bas...

 

Toujours aussi perdue même dans son propre lit ! Il faudra aussi lui redire, je ne sais combien de fois, que sa bouteille d’eau est à côté du lit. J’ai l’impression que cela prend des heures, il est presque 20h, je fatigue mais ne lâche pas. Je sais que je pourrais partir l’esprit à peu près tranquille que lorsque je la sentirai "bien".

 

Le lendemain, dimanche 8h, la journée recommence avec madame Tilleul. Ses bouteilles d’eau, la quantité de nourriture… et la nouvelle boucle, c’est l’infirmière qui va passer pour lui apporter un croissant et un petit gâteau du dimanche.

 

Comme elle est très gourmande, elle l’attend comme le messie ! Je trouve ça touchant de la part de l’infirmière d’avoir ce petit geste, même si c’est madame qui paye, elle prend le temps de passer à la boulangerie et ce n’est pas rien, c’est même super important pour madame Tilleul. Le midi, en effet, le petit gâteau du dimanche est dans le frigo. Elle en mangera la moitié en dessert et l’autre moitié au gouter.

 

Et là, ce midi, étrangement, madame va me parler du passé avec une précision déconcertante.

Pourquoi elle en est arrivée à me parler de tout ça ? Je ne sais plus mais parfois j’essaye de lui poser une question sur sa fille ou sa petite fille que je vois en photo pour essayer de casser la boucle des questions et orienter son esprit et, pour le coup, ça a fonctionné. Je la vois un peu plus s’animer à travers le souvenir d’une vie qu’elle n’a plus. Alors je l’écoute, je l’imagine, jeune, boulangère du village, dans la boulangerie, celle là même où l’infirmière va chercher son gâteau du dimanche, puis mariée, sa fille, puis le décès de son mari dans un accident de voiture, ce mari qui buvait et qui justement sortait du bar, ivre comme toujours. Madame n’a plus d’hésitation. Elle allonge les phrases les unes après les autres. Sur son visage, je lis des émotions tantôt gaies, tantôt tristes mais plus cette angoisse qui l’anime habituellement.

 

Je vais être obligée, tout de même au bout d’un moment, de l’interrompre et là :

 

- Ah et maintenant, je fais quoi ?

- Vous allez vous brosser les dents madame Tilleul.

- Et après je fais quoi ?

- Brossez-vous les dents déjà. Ensuite je vous installerai dans votre fauteuil…

 

Le fil des souvenirs a été rompu. Retour dans le présent et c’est reparti pour la valse des questions en boucle.

 

Dimanche soir c’est ma dernière intervention chez madame Tilleul. Je suis fatiguée mais ça me fait plaisir de la voir. C’est pénible mais elle est attachante malgré elle... Elle me pose toujours les mêmes questions évidement, sauf que non : Ce n’est pas moi qui viendrai demain. Le week-end est terminé. Madame est dans son lit, quand je lui redis et elle me regarde avec ses petits yeux. Puis contre toute attente, elle me dit :

 

- C’est dommage, vous êtes gentille, je vous aime bien…

 

Aussi inattendue que touchante, cette phrase vient évidement raisonner contre mon fichu cœur de marmotte, tout mou à la guimauve !!! Je lui dis que, moi aussi je l’aime bien et que je reviendrai peut être une prochaine fois, avec grand plaisir. J’étais prête au départ mais je repose mon foutu gros sac et vient lui faire une bise en lui disant bonsoir avant de lui souhaiter une belle nuit.

 

Après ça, je n’ai revu madame Tilleul qu’une seule fois. C’était un dimanche soir. J’étais la troisième intervenante du weekend. La dernière des six passages. Impossible pour elle de me reconnaitre bien entendu mais surtout complètement angoissée et paniquée face à cet ultime visage inconnu en l’espace de deux jours.

 

Je l’ai retrouvé immobile, au milieu du salon, tête baissée, en se balançant d’avant en arrière, me demandant qui j’étais ! J’ai mis un bon quart d’heure à essayer de la rassurer, de lui parler, lui dire que j’étais déjà venue… Madame était en panique totale. Ça m’a fait vraiment mal au cœur de la voir ainsi.

 

Le passage de l’infirmière du soir va me sauver. Elle, elle la connait bien depuis longtemps. Elle passe presque tous les jours alors elle réussit à l’apaiser. C’est le dernier souvenir que j’ai d’elle.

 

Depuis, j’ai su que son état se dégradait encore et encore et que le passage de toutes les intervenantes différentes de l’Aquarelle n’arrangeaient rien.

 

Depuis, madame Tilleul a été placée.

Publié dans Mon jardin

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Madame Tournesol ...suite

Publié le par Marmotte

Madame Tournesol ...suite

Comme avec tous mes autres trésors de fleurs, les semaines et les mois s’écoulent, je ponctue leurs journées et les miennes de mes passages plus ou moins fréquents.

Mme Tournesol, au fil des mois, est devenue une "incontournable" de mes plannings. Dans un premier temps, tous les midis à raison de 4 fois par semaine ; Puis le bureau ajoutera le week-end à ma tournée, au rythme des 6 passages sur les deux jours.

Ce qui n’est pas pour déplaire à mon pote Kiwi ! A moi non plus du reste. Je connais bien Mme Tournesol à présent ; La maison et ses habitudes me sont familières. Pareil pour Madame et elle me fait vite comprendre qu’elle est bien contente que je vienne en plus, 1 week-end par mois.

Bilan, nous sommes donc trois satisfaits, à y trouver notre compte. Du coup, certains mois, s'il y a un jour férié qui va avec mon week-end travaillé, nous passons près de 30h ensemble ! Alors forcément, on s’habitue, on se connait, on se lie, on se fait des confidences et on s’attache…

Puisque nous nous voyons souvent, nous pouvons nous organiser et planifier. Par exemple le jeudi, j’ai un peu plus de temps sur ma pause déjeuner. Ce jour deviendra alors celui du shampoing de Madame ! Si je pars un peu en retard ce n’est pas grave.

Et puis Madame adore les frites. Malgré sa fine silhouette, elle est gourmande ! Je lui proposerais donc le jeudi, puisque nous avons le temps, de lui faire des frites au four, pendant que je lui fais son shampoing.

La particularité chez Madame Tournesol qui, je le rappelle est en fauteuil, c’est que la salle de bain est à l’étage. Nous devons donc nous organiser pour procéder dans la cuisine. Ce qui me permet de garder un œil sur les frites.

La deuxième particularité, c’est que la température de l’eau du robinet de l'évier ne reste pas fixe ! Même en réglant la bonne température elle finit par devenir plus chaude ou plus froide. Nous devons donc trouver une astuce : Une grande bassine dans laquelle je mettrais l’eau à bonne température, puis une plus petite afin de prélever l’eau de la grande pour mouiller et rincer ses cheveux.

Nous commençons par "l’installation" : Madame cale son fauteuil le plus près possible de l’évier, puis bloque les freins. Je l’aide à enlever son tee-shirt ou son pull afin de ne pas mouiller le col. De mon côté, j’ai préparé deux serviettes de toilette ; Une pour essuyer ses cheveux à la fin du shampooing et une pour lui couvrir les épaules, le temps de lui faire un petit brushing afin qu’elle n’ait pas froid.

Elle prend ensuite appui sur le bord de l’évier, agrippe ses mains et se hisse pour se relever sur ses jambes si frêles et fragiles. Elle va tenir ainsi, la tête au dessus de l’évier, mais je me dépêche car je sais qu’elle ne peut pas rester dans cette position trop longtemps.

Je suis à sa droite. Elle fait toujours attention, me demandant si j’ai assez de place. Je lui dis toujours que oui. Je suis un peu comme un barbe à papa, je m’adapte à l’espace qui m'est donné (Enfin dans la limite du raisonnable bien sûr !).

Puis je commence. Je mouille sa tête, applique le shampoing énergiquement, procède à un premier rinçage et fais un deuxième shampooing. Je termine enfin par un rinçage soigné, en multipliant les allers-retours, partant de la petite cuvette à la grande cuvette, puis à sa tête. Ça peut paraitre compliqué comme ça, mais je m’y suis faite très vite ; Juste un coup à prendre.

Je me dépêche ensuite de lui enrober les cheveux dans la serviette, afin qu'elle soit soulagée de cette position que je sais inconfortable pour elle. Je l’accompagne dans son mouvement pour l’assoir de nouveau dans son fauteuil, une main dans son dos afin de la guider un peu.

Je jette encore un œil sur les frites qui finissent de dorer dans le four en dégageant une douce odeur à laquelle mon estomac ne reste pas insensible à cette heure.

Je décide de m'attaquer au brushing. Au début, Madame me dit :

- Ne vous embêtez pas. Séchez-les tous en arrière !

Je la regarde et me dis que ça ne lui ira pas. Ses cheveux ont un mouvement naturel avec une petite mèche... Et puis, je me dis aussi que je n’aimerais vraiment pas, moi même, qu’on me mette tous les cheveux en arrière. Même si j’étais un peu vieillie et en fauteuil ! Je vais donc, chaque jeudi, jouer à la coiffeuse ; Prendre des mèches de ses cheveux blancs, une à une, et les sécher avec la brosse. J’ai à cœur qu’elle soit bien coiffée.

Le rituel se termine avec Madame qui se regarde dans la porte du four, en me disant "C’est parfait" et qui me remercie. Il est vrai que madame n’a pas de miroir... Ça semble être un détail mais en réalité, c’est important. Et ce qu’elle va me dire finit de me convaincre :

- La dernière fois, mes enfants m’ont emmené chez l’opticien pour choisir de nouvelle lunettes... Du coup, je me suis aperçue dans le miroir. Je me suis regardée et je ne me suis pas reconnue ! Je me suis trouvée vieille...

Il me parait donc logique et capital que les cheveux de Madame Tournesol soient le mieux coiffés possible... Dès fois qu’elle croiserait à nouveau son reflet dans la porte du four...

Pour la tournée du week-end, c’est un peu différent puisque je dois assurer les trois passages par jour. Je dois arriver le matin et lui faire la toilette au lit ; L’habiller, l’accompagner à la chaise percée, lui faire son petit déjeuner et la réfection du lit.

Lorsque j’ouvre la porte, il arrive parfois que Madame dorme encore ; Kiwi est blotti contre elle et c’est trop mignon de les voir ainsi, l’un contre l’autre.

Je commence par parler tout bas, presque en chuchotant, puis à ouvrir les volets de la cuisine afin qu’elle sorte de son sommeil en douceur, sans la brusquer et sans lui faire peur. J’attends qu’elle semble prête pour lui proposer d’allumer sa petite lampe de chevet.

Je sais que certaines collègues allument de suite la grande lumière. Moi je ne peux pas, pour la simple et bonne raison que, tout comme mettre les cheveux en arrière, cela ne me plairait pas ! Alors, je fais comme j’aimerais que l’on fasse pour moi, c’est tout.

Une toilette au lit, ce n’est jamais une tâche facile. Il faut s’organiser car le point d’eau n’est évidement pas à côté du lit. Je prends donc la fameuse bassine qui me sert pour le shampoing et je vais la pose sur le fauteuil roulant, stationné près du lit, qui me servira de table d'appoint.

Voilà l’avantage de bien connaitre Madame Tournesol et sa maison. Je gagne de précieuses minutes à ne pas chercher ce dont j’ai besoin et surtout, j'évite ainsi de trop la solliciter, dès le réveil, pour lui demander où se trouve le matériel.

Je commence toujours par lui passer le gant de toilette bien chaud sur le visage. Elle aime bien ça. Puis je procède au reste de la toilette avec précautions car un corps, malade de surcroit, qui se réveille est toujours plus raide.

A cette heure de la journée, je suis presque silencieuse. Je travaille en respectant sa phase de réveil. Je m’adresse simplement à elle, de temps à autre, pour m'assurer qu'elle n’ait pas froid ou qu'elle n'ait pas mal avec telle ou telle manipulation, et lui adresse un sourire.

Ce n’est pas simple car tout cela prend du temps et Madame est aussi un peu plus au ralenti que dans la journée. Je dispose d’une heure. Une heure seulement. Alors je dois être efficace ; Rapide sans trop la presser et tout cela en douceur... En évitant aussi de lui montrer mes yeux qui ne peuvent s’empêcher de guetter le tic tac infernal.

Je finis tout, à peu près dans les temps. Je la quitte après lui avoir préparé son petit déjeuner et après l’avoir installée à table, avant de remonter dans ma voiture pour me rendre chez Mr Gingembre.

Je reviendrai le midi puis le soir pour le repas ; Une petite toilette, enfiler sa chemise de nuit, fermer les volets et puis  la coucher. J’ouvre les draps, l’aide à s’installer. Je remonte et ajuste tous ses oreillers et coussins et je remonte ses couverture comme on le fait à un enfant. Je veille à ce qu’elle ait tout ce dont elle a besoin, à portée de main : Médicaments, bouteilles d’eau, téléphone, des petits gâteaux… Après lui avoir souhaité une bonne nuit, je la laisse seule et je ferme la porte à clé...

J’ai toujours le cœur serré quand je la laisse comme ça le soir. Je ne sais pas pourquoi.

Et puis je me rendrai à nouveau chez Mr gingembre. Enfin, vers 20h, je rentrerai chez moi, soulagée d’avoir fini une journée mais avec l’image de Madame Tournesol, couchée et seule...

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Publié le par Marmotte

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Si ...

Publié le par Marmotte

Si ...

Si j'étais l'amie du bon Dieu. 
Si je connaissais les prières. 
Si j'avais le sang bleu. 
Le don d'effacer et tout refaire. 
Si j'étais reine ou magicienne, 
princesse, fée, grand capitaine, 
d'un noble régiment. 
Si j'avais les pas d'un géant. 

Je mettrais du ciel en misère, 
Toutes les larmes en rivière, 
Et fleurirais des sables où fuit même l'espoir 
Je sèmerais des utopies, plier serait interdit, 
On ne détournerait plus les regards. 

Si j'avais des milles et des cents, 
Le talent, la force ou le charme, 
Des maîtres, des puissants. 
Si j'avais les clés de leurs âmes. 
Si je savais prendre les armes

Au feu d'une armée de titans. 
J'allumerais des flammes, 
Dans les rêves éteints des enfants. 
Je mettrais des couleurs aux peines. 
J'inventerais des Édens. 
Aux pas de chance, aux pas d'étoiles, aux moins que rien. 

Mais je n'ai qu'un cœur en guenille, 
Et deux mains tendues de brindille. 
Une voix que le vent chasse au matin. 
Mais si nos mains nues se rassemblent, 
Nos millions de cœurs ensembles. 
Si nos voix s'unissaient, 
Quels hiver y résisterait ? 

Un monde frère, une terre âme sœur, 
Nous bâtirons dans ces cendres 
Peu à peu, miette à miette, 
goutte à goutte et cœur à cœur. 
Peu à peu, miette à miette, 
goutte à goutte et cœur à cœur 
 
 

 

 
 

 

 

Publié dans Coeur de marmotte

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